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Arts-chipels.fr

Veillée de famille. Un conte de la vie ordinaire où drame rime avec sarcasme.

Veillée de famille. Un conte de la vie ordinaire où drame rime avec sarcasme.

La mère va mourir. Toute la fratrie est réunie. Remémorations, règlements de compte, tendresse. Un tableau cinglant de la vie familiale telle qu’en elle-même.

Une vue de l’appartement de la mère, avec en premier plan la cuisine. Deux frères sont attablés. Alors que Guillaume, l’aîné, mange goulûment du saucisson, Jeanne, la sœur, cherche désespérément dans le frigo les provisions qu’elle avait laissées. L’occasion d’un premier échange empreint d’ironie et de suspicion entre le frère et la sœur, une entrée dans le bal de la comédie fraternelle, dont la meneuse de danse, la mère, est absente.

Ce dimanche, la fratrie est réunie car Yvan, le cadet, d’une cinquantaine d’année, a pris peur en voyant l’état de sa mère plus tôt dans la journée : celle-ci, alitée – sa seule présence sur scène se réduit à un babyphone – est dans un état végétatif, accentué par la décrépitude de la vieillesse. Ils attendent l’aide médicale, mais surtout ils attendent de savoir si leur « maman » – comme ils l’appellent encore tout quinquagénaires et plus qu’ils sont – va mourir ce jour-là ou non. À cette occasion, ils se redécouvrent, et redécouvrent aussi ce qu’est le lien fraternel : paradoxal et ambigu.

Veillée de famille. Un conte de la vie ordinaire où drame rime avec sarcasme.

Qu’est-ce qui unit une fratrie ?

La pièce se construit autour de cette question : comment trois adultes, dont les vies ont pris des chemins différents et dont l’intimité semble avoir été balayée par les choses de la vie, peuvent-ils encore être frères et sœurs ? Dans un premier temps, il semble que leur trait d’union soit la mère : son état demande des soins et des attentions réguliers qui leur impose une coopération assidue. C’est autour du babyphone que s’articule le spectacle, et dans des allers-retours entre la chambre et la cuisine. Mais progressivement, le portrait qu’ils en dressent, celui d’une personne froide et frivole, laisse entrevoir un lien plus profond et de l’ordre du non-dit, lié à des névroses remontant à l’enfance. Yvan se remémore un rêve qu’il a fait, petit : pendant qu’il s’occupait de préparer une blanquette avec des ustensiles trop grands pour lui, sa mère couchait avec un homme autre que leur père sur la table de la cuisine. Quant à Guillaume, il évoque le jour où il avait demandé à sa mère s’il était beau, ce à quoi elle avait répondu : « Ne t’inquiète pas, ça s’arrange avec l’âge ». Malgré leur conclusion commune, que leur mère était une « salope », le mot « maman » les fait toujours pleurer, et pas le mot « papa ». Et, par-dessus tout, au-delà des névroses infantiles, il y a le lien inébranlable d’une enfance partagée. Les souvenirs d’enfance participent encore à déterminer les adultes, parents, amants, qu’ils sont devenus. Mais ces souvenirs partagés divergent et seul l’assemblage des différentes versions permettront la reconstitution de l’histoire. Cette mémoire commune, elle ne disparaîtra pas en même temps que leur mère. Si la séparation peut être physique, l’intimité reste éternelle.

Veillée de famille. Un conte de la vie ordinaire où drame rime avec sarcasme.

Drame ou comédie ?

Le thème de la mort de la mère pourrait entraîner la pièce vers un registre dramatique. On ne cesse pourtant pas de rire tout au long du spectacle tant l’humour noir, assez dévastateur, affleure en permanence. Les ficelles sont claires, les plaisanteries reviennent de manière cyclique comme une ritournelle enfourchant toujours le même refrain, mais elles continuent de fonctionner. On vogue sur l’océan tumultueux du lien familial entre rancœurs réelles, autodérision, farces enfantines et discussions douloureuses. Tous les thèmes sont propices à la chamaillerie : qui a pris la nourriture ? comment régler les factures des soins de la mère ? que pense-t-on de l’aide médicale ? y a-t-il une souris dans la cuisine ? Le superficiel et les disputes futiles laissent progressivement la place à des introspections douloureuses. On rentre dans l’épaisseur des personnages, on découvre les ramifications de l’existence qui les ont écartés les uns des autres. Alors que dans un premier temps chacun s’attachait à conserver le rôle stéréotypé qui lui avait été dévolu dans le cercle familial – l’aîné plein d’assurance, la sœur qui soigne et demande protection, le cadet sensible qui peine à s’imposer –, les apparences sociales volent en éclats sous la pression des comportements infantiles, des aveux et des critiques qui se libèrent au fil du temps. On rit beaucoup de ce grand déballage, somme toute assez commun à toutes les familles…

Veillée de famille

Texte et mise en scène : Gilles Gaston Dreyfus
Avec : Dominique Reymond, Gilles Gaston-Dreyfus, Stéphane Roger
Et la voix de : Claude Perron
Théâtre du Rond point – 2bis avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris

12 mars - 7 avril 2019

Du mardi au samedi, 21h - dimanche, 15h30 - Relâche : les lundis, les 17 et 19 mars

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