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Arts-chipels.fr

Rosie Davis. Cinéma social version irlandaise.

Rosie Davis. Cinéma social version irlandaise.

Paddy Breathnach dépeint une famille qui se retrouve à la rue et se débat pour trouver un hébergement. Un film attachant et terrible sur l’un des drames qui forment le quotidien de nombreuses familles irlandaises aujourd’hui.

La buée forme sur les vitres de longs filets d’eau parsemés de gouttelettes. Rosie Davis est enfermée dans sa voiture avec ses quatre enfants. Inlassablement, elle téléphone. Elle cherche un hébergement pour sa famille. Pour une semaine, le temps de trouver un nouveau logement. Puis, devant les fins de non-recevoir, pour une nuit, en attendant la prochaine où elle se livrera, le jour d’après, au même manège. Avec une invariable patience, sans colère, elle essuie les refus et poursuit sa quête, au milieu des enfants qui se disputent ou s’agacent mutuellement, dans le brouhaha des rires et des cris.

© Element Pictures

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Une famille sans histoire

Cette famille fait partie des milliers de familles de condition modeste qui vivent aujourd’hui sur le sol irlandais. Son compagnon travaille – un petit boulot dans un restaurant –, elle élève les enfants. Ils forment une famille unie, pleine d'affection mutuelle, avec leurs quatre rejetons qui s’échelonnent entre quatre et treize ans et poursuivent une scolarité sans anicroche. Une situation qui aurait pu être idyllique si leur propriétaire n’avait mis en vente la maison qu’ils habitaient. Mis en demeure de partir, ils ont déposé ce qu’ils pouvaient chez des proches, tous aussi gênés aux entournures qu’eux-mêmes, dans l’attente du moment où ils se réinstalleront ailleurs, et entassé dans leur voiture quelques maigres effets pour parer aux nécessités du quotidien.

© Element Pictures

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L’errance, un provisoire qui ne peut que durer

Nous les découvrons deux semaines après qu’ils ont quitté la maison qu’ils occupaient. Avec une organisation qui passe par la laverie pour entretenir le linge, la course pour déposer chaque enfant à son école, le brossage minutieux des dents, maintenu comme le rituel immuable du respect de soi. Une vie dépensée pour faire comme si c’était avant, comme si on avait toujours un toit. Et cette recherche incessante d’un hébergement provisoire, qui absorbe toute l’énergie de Rosie. Lorsque son emploi et les heures supplémentaires qu’on lui demande lui laisse quelque loisir, John Paul, le père, lui aussi, cherche dans le peu d’intervalles qui restent une maison pour sa famille. Mais ils sont des dizaines, passés avant lui, et ses quatre gosses ne sont pas un atout…

© Element Pictures

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Une vie qui se délite

Petit à petit, la précarité de leurs conditions d’existence pèse d’un poids plus lourd. L’une des petites part à l’école avec une tenue non nettoyée et se voit affubler du sobriquet de « Mimi cracra ». Leur fille adolescente, qui porte en elle la honte de n’avoir plus de foyer, fugue. Le temps consacré à sa recherche mobilise l’homme et la femme. L’un quitte son boulot en urgence, l’autre délaisse ses appels incessants. De fil en aiguille, ils se retrouvent sans hébergement de nuit. Les cornets de frites ont beau faire l’objet d’un jeu pour faire passer qu’ils tiennent lieu de repas et les fast food offrir un abri provisoire, l’énergie de Rosie flanche, le désespoir pointe. Dans un dernier sursaut de révolte qui lui fait refuser les abris offerts aux SDF, quand vient la nuit, elle n’a plus pour ressource que d’installer les enfants pour dormir dans la voiture. John Paul, lui, passera la nuit dehors pour leur laisser la place…

© Element Pictures

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Une proximité intense

Paddy Breathnach nous introduit au plus près de l’intimité de cette famille. Sans apitoiement ni pathos, il nous montre son courage face à l’adversité, son obstination à combattre sans rendre les armes, et donne aux personnages une épaisseur de vie loin des stéréotypes. Les enfants sont attachants, espiègles pour les plus petits, ils aiment leurs parents et leurs parents les aiment. La tendresse traverse les difficultés en dépit des crises que la situation provoque. La caméra s’installe dans le huis clos de cette voiture que l’eau sur les vitres transforme en bocal dans lequel se débattent les personnages. Les très gros plans qui s’attachent à eux ne laissent rien passer de leur humanité si forte, elle saisit les expressions fugaces – l’amusement, l’agacement, le découragement, le désespoir. Le spectateur se retrouve immergé avec eux dans leur univers. Un monde rétréci dans lequel les seules échappées belles sont des parkings, où l’ailleurs, l’extérieur, est source de douleur car il rappelle la vie d’avant, où le passage par les lieux où ils ont vécu provoque la crise. Lorsque s’installe la dernière image, qui achève le long processus, pourtant limité à l’espace de deux journées, de cette descente aux enfers, on demeure pensif devant ces images. Loin de la hargne dénonciatrice d’un Ken Loach, le film n’en demeure pas moins une mise en accusation de l’impéritie d’un gouvernement qui, face à une crise endémique du logement, ne propose que des mesures insuffisantes. Il n’en est pas moins bouleversant.

Rosie Davis. Un film de Paddy Breathnach - Irlande 2018.

Scénario : Roddy Doyle

Directeur de la photographie : Cathal Water

Muisque: Stephen Rennincks

Avec : Sarah Greene (Rosie Davis), Moe Dunford (John Paul), Ellie O-Halloran (Kayleigh), Ruby Donne (Millie), Darragh McKenzie (Alfie), Molly McCann (Madison).

Sortie en salles : 13 mars 2019

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