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Arts-chipels.fr

La Vie trépidante de Laura Wilson. Une pêche d’enfer même au fond du trou !

(c) Arthur Pequin

(c) Arthur Pequin

Comment survivre quand on a tout perdu et que tous les ennuis possibles vous tombent dessus. Une leçon de vie et de résistance menée à la force du poignet.

Laura Wilson a tout perdu. Elle a été licenciée, elle est séparée de l’homme avec lequel elle vivait, elle a perdu la garde de son fils pour avoir sombré dans l’alcoolisme et l’avoir « oublié » du fait de son état éthylique. Elle troque son appartement pour un studio miteux, vit de petits boulots précaires totalement étrangers à ses compétences. Bref, elle glisse sûrement vers le fond du trou.

Un jour cependant, elle entre au musée et tombe en arrêt devant la Chute des anges rebelles (1562) de Pieter Brueghel l’Ancien. Surprenant tableau en vérité de la part de Brueghel. Ce n’est pas par hasard qu’il fut d’abord attribué à Jérôme Bosch tant on y retrouve les éléments de l’imaginaire de Bosch – hybrides chimériques, couteaux, formes ovoïdes abritant des monstres, cupules, etc. – tandis que résonnent les trompettes de l’Apocalypse. Cette scène de combat dense et surpeuplée où les anges repoussent à grands coups d’épée les démons qui se pressent, bestiaire monstrueux qui emprunte aux reptiles, aux batraciens comme aux insectes ou à l’univers marin, provoque un déclic chez Laura. Elle entre en résistance.

La Chute des Anges rebelles (1562), Pieter Brueghel l’Ancien

La Chute des Anges rebelles (1562), Pieter Brueghel l’Ancien

Un personnage complexe

C’est qu’elle n’est pas d’un seul tenant, Laura. L’amour, la vie, la mort font partie de son histoire. Un peu midinette, elle rêve au grand amour, aime la part de rêve des films hollywoodiens qu’elle regarde à la TV, chante ce qu’on entend à la radio. Donc elle se plante… Mais elle plonge aussi profond et ne vit pas les choses à moitié. Quand elle rêve, entre vengeance et désespoir, c’est cyanure, huile bouillante, exécutions au sabre et électrocution. Elle n’est pas dans la demi-mesure. Elle tombe très bas, très fort et elle met la même énergie à refaire surface, à s’accrocher, à se battre pour exister, à dire sa révolte contre les nantis, contre le machisme, contre l’intolérance. Pasionaria infatigable, elle se dresse, accuse, chante dans la rue, dénonce l’inanité du système électoral. Ce combat peut-être perdu d’avance, elle le mène malgré tout car il faut résister et que c’est dans cette non-acceptation du monde tel qu’il est qu’elle peut exister. Isabelle Ronayette, qui incarne le personnage, ne boude pas sa peine. Elle se dépense sans compter, s’engage à fond, déploie une énergie sans faille, va au bout de Laura Wilson.

(c) Arthur Pequin

(c) Arthur Pequin

Un récit de vie médiatisé

Son histoire se compose d’autant de fragments qui se superposent, s’assemblent et se heurtent. Le personnage de Laura se regarde et nous regarde. Tantôt il s’adresse à nous, tantôt il nous parle à travers le filtre de la caméra. Ses selfies font apparaître son visage en gros plan sur un écran en fond de scène pour nous prendre à témoin de sa confession intime tandis qu’elle roule au fond du canapé, hors de notre vue. Le téléphone devient caméra manipulée parfois par les autres, par les trois hommes présents sur scène, tour à tour personnages de l’histoire de Laura ou commentateurs-récitants de son aventure à la fois si commune et hors norme. Ils chantent, racontent, jouent de la musique en live. On est dedans et dehors, proche et à distance et c’est heureux car cette mise à nu, au sens propre comme au figuré, du personnage a quelque chose de too much, comme une exhibition sans fard, très personnelle, dont on comprend les raisons mais qui provoque une gêne. La hargne cependant avec laquelle le personnage se revendique, le regard acide et révolté qu’il porte sur le monde, le caractère assez déjanté du jeu sont réjouissants. Mais on rit un peu jaune de ce drame porté par l’énergie du désespoir qui en fait un hymne à la vie provocateur et hors-cadre.

 

La Vie trépidante de Laura Wilson de Jean-Marie Piemme

Mise en scène : Jean Boillot

Avec : Philippe Lardaud, Régis Laroche, Hervé Rigaud, Isabelle Ronayette.

CDN Théâtre de la commune, Aubervilliers

Du 10 au 18 janvier 2019.

En tournée

22 janvier 2019 Le Préau, CDN de Vire-Normandie

26 janvier : Espace culturel André Malraux, Le Kremlin-Bicêtre

29 janvier : Transversales, Verdun

1er et 2 février : Équilibre/Nuithonie, Fribourg (Suisse)

6-7-8 février : Comédie de l’Est, CDN de Colmar-Alsace

13 au 16 février : Théâtre national de Liège

28 février au 1er mars : Opéra-Théâtre de Metz

7-8-9 mars : Théâtre national de Nice – CDN de Nice

14 mars : Théâtre de la Madeleine, Troyes

16 mars : Bords II scènes, Vitry-le-François

28 mars : ATP Vosges, Épinal

4 avril : Le Nouveau relax, scènes conventionnées, Chaumont

9 avril : Théâtre d’Aurillac

24 avril : Le Manège, Scène nationale, Maubeuge

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