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Arts-chipels.fr

L’absence de guerre. Politique et jeu de massacre

L’absence de guerre. Politique et jeu de massacre

La pièce de David Hare dénonce avec virulence les mensonges et méfaits de politiques pris à leur propre piège et qui n’ont plus pour but que de perdurer et de se survivre.

Années 1990 ou approchant. Un groupe de personnes bon chic-bon genre est rassemblé dans un local sans âme. Femmes en fourrure, hommes en costume-cravate. Ils ne se parlent pas. L’une lit le journal, l’autre téléphone, certains passent et repassent, entrent et sortent Dans un coin, un drapeau britannique trône. Tous attendent. Ils attendent leur leader politique, George Jones, car le moment est important : les travaillistes sont enfin en position de gagner les élections. Ils ont placé à leur tête un « pur » dont la force de conviction séduit mais dont le parti redoute les gaffes. Ces élections, c’est la GUERRE qui fait une irruption agressive au rythme d’un timer qui compte minutes et secondes avant l’offensive au son de slogans incitant au combat : « Il est temps de faire la guerre », « la liberté guide le peuple », « le monde est une émeute ».

L’absence de guerre. Politique et jeu de massacre

La dénonciation d’un système

Deux heures durant, avec la précision d’un scalpel, David Hare fouille les plaies du monde politique. Il dénonce les stéréotypes du discours et l’écran de fumée, pas seulement métaphorique sur la scène, qu’ils diffusent – « Quoi qu’il se passe, on fait comme si on l’avait prévu […] On doit faire semblant de tout maîtriser ». Stratégies de comm’, sondages, vérités tronquées, débat d’idéaux en tout genre confrontés à la réalité, luttes intestines composent un ensemble où le candidat ne se reconnaît plus. Tribun sans background, il n’a pas le bagage intellectuel de ceux qui l’entourent. Il sort de nulle part et se doit d’être la marionnette de ceux qui le manipulent. « Tu comprends, les gens croient que les élections, ça se gagne à coups d’arguments […] Mais pas du tout. C’est une stratégie. C’est une prise de position. » Trop spontané, maladroit, égotique, il est pris au piège de cette vie qu’on formate pour lui et qu’il ne parvient pas à faire sienne. Une émission de télévision achèvera de lui faire perdre ses repères et son pouvoir de parole. La peur de dire « une connerie » le paralyse au point que ça se voit. Dès lors, il est foutu…

L’absence de guerre. Politique et jeu de massacre

Un espace médiatisé

L’espace relève d’une conception complexe. Les lieux du théâtre sont multiples. L’univers clos du local politique laisse passer les échos du monde extérieur à travers la baie vitrée qui se dresse en fond de scène. Les personnages font parfois irruption au milieu des spectateurs, comme pour nous signifier que nous avons un rôle, nous aussi, dans le spectacle. Les cuts qui interviennent à plusieurs reprises sont autant de ruptures stylistiques marquant l’outrance de la guerre politique. Les références à Shakespeare viennent complexifier, s’il en était besoin, cette fable sur le pouvoir. Théâtre et vidéo dialoguent aussi tout au long du spectacle. Dans le labyrinthe qui semble exister derrière la scène, les arrangements de couloirs, les apartés, les médisances auxquels se livre la petite équipe de campagne mais aussi l’espace intérieur de George se superposent au monde clos du local au travers d’une vidéo projetée au-dessus de la scène. Le cameraman, omniprésent en coulisse, passe et repasse, suit les personnages hors champ, s’attardant sur une attitude, un dialogue, un accessoire, jouant du plan large ou du gros plan en un mouvement incessant. Cette médiatisation à outrance reflète la médiatisation à laquelle est soumise l’action politique, toujours sous le regard des autres. Elle détache, tout comme les cuts, le spectacle de l’aspect plutôt convenu de ce cirque politique. Ce mélange discordant, explosif et grinçant témoigne de l’état de notre monde, une société du spectacle où la forme a pris le pas sur le fond.

L’Absence de guerre de David Hare. Traduction : Dominique Hollier

Mise en scène : Aurélie Van Den Daele

Avec : Émilie Cazenave, Grégory Corre, Julien Dubuc, Grégory Fernandes, Julie Le Lagadec, Alexandre Le Nours, Sidney Ali Mehelleb, Marie Quiquempois, Victor Veyron.

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes – 75012 Paris

Du 8 janvier au 3 février 2019.

Tél : 01 43 74 72 74. Site : www.theatredelaquarium.com

En tournée, du 21 mars au 12 avril

21 mars 2019 : Faïencerie, Creil

2 et 3 avril : Théâtre Les Îlets, CDN de Montluçon

5 avril 2019 : Fontenay en scènes

9 au 12 avril :  : Théâtre de la Croix Rousse, Lyon

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