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Arts-chipels.fr

Gaspard Dehaene. Un style très personnel alliant finesse et puissance d’interprétation

(c) Laurent Bugnet

(c) Laurent Bugnet

Au croisement de Schubert et de Liszt, avec un détour vers la musique contemporaine, Gaspard Dehaene nous invite à un voyage « vers l’ailleurs » magnifiquement inspiré.

Un voyage immobile, à travers des contrées lointaines traversées par l’esprit et la musique. Une exploration rêvée où souvenirs de la réalité, réminiscences et imagination dessinent une chorégraphie mouvante, tantôt douce et élégiaque, tantôt traversée d’orages et de coups de mer. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Gaspard Dehaene le rappelle lorsqu’il évoque son grand-père, Henri Queffélec, le conteur de la mer par excellence dont Delannoy a adapté au cinéma le Recteur de l’île de Sein et en hommage duquel Rodolphe Bruneau-Boulmier compose ce naufrage où sombre la terre dans le flux et le reflux des vagues, traversés par les échos de la cathédrale engloutie.

De Schubert en Liszt, un témoignage de la modernité à naître

En choisissant l’une des dernières œuvres de Schubert, moins connue que bien d’autres exception faite de son deuxième mouvement, Gaspard Dehaene nous fait un double cadeau : celui de la découverte de cette œuvre protéiforme qui sonne comme une synthèse, toute en contrastes, de l’œuvre du compositeur ; la mise en évidence de la modernité de Schubert. La Sonate en la majeur D 959 ne cesse en effet de passer en sauts de puces entre des styles, entre des thèmes qui vont et reviennent de manière cyclique. Tantôt grave, tantôt plus légère, tantôt chantante, tantôt âpre et en ruptures, elle souffle soleil et pluie, brises et orages. Au sens inimitable de la mélodie schubertienne s’ajoute une forme de rudesse, de violence. La nuit, les morts vont vite et leurs esprits hantent cette musique qui se rapproche par moments de l’atonalité. On a l’impression d’un lâcher-prise comme si, au soir de sa vie, Schubert avait voulu, avec une énergie fiévreuse, dire tout ce qu’il avait précédemment retenu, comprimé, laissé de côté pour un futur hypothétique qui s’interrompt brutalement et le prive de lendemains, d’une évolution en devenir.

La Rhapsodie espagnole de Liszt quant à elle, avec son urgence virtuose et syncopée et ses deux thèmes récurrents qui forment comme une broderie martelée pleine de bruit et de fureur traversée de motifs romantiques et élégiaques prolonge la route de ces variations-explorations qui nous dirigent sans coup férir vers le XXe siècle.

(c) Laurent Bugnet

(c) Laurent Bugnet

Finesse et virtuosité

Malicieusement, Gaspard Dehaene pousse davantage encore la rencontre musicale entre ces deux compositeurs en ajoutant à son programme l’adaptation par Liszt d’un lied de Schubert et, dans l’autre sens, la Mélodie hongroise de Schubert. Manière de renvoyer dos à dos ces deux créateurs novateurs, de les faire voyager l’un vers l’autre. Il leur apporte son énergie et sa passion, sa puissance aussi. Sa virtuosité indéniable s’efface devant le flot tumultueux et magnifique qu’il déverse à nos oreilles. Il y a du lyrisme dans son toucher même si son visage reste impassible, une précision sans faille, un sens de la nuance qui nous fait entendre la moindre variation avec son intensité propre, passer de la légèreté à la gravité extrême, du presque rien à l’envahissement par les sons. Il y a incontestablement aussi une interprétation, une vision très personnelle de la musique, une manière de marquer les scansions, de jouer les temps d’arrêt, les suspensions, les silences, les variations de tempi comme pour nous emporter, nous aussi, dans le voyage mental qu’il déroule devant nos yeux. On se laisse entraîner au bout du monde dans ce temps suspendu où la musique explose…

Raison de plus pour le suivre dans ses concerts à venir, indiqués plus bas…

Un disque de ce voyage existe également.

(c) Martin Trillaud //WAM

(c) Martin Trillaud //WAM

Concert du mardi 22 janvier 2019

Goethe Institut – 17 avenue d’Iéna – 75016 Paris

Tél. 01 44 43 92 30

Gaspard Dehaene interprète au piano :

Franz Schubert : Sonate D 959 en la majeur
Rodolphe Bruneau-Boulmier : Quand la terre fait naufrage
Franz Liszt : Rhapsodie espagnole

Schubert-Liszt : Auf dem Wasser zu singen; Aufenthalt

Franz Schubert : Mélodie hongroise

Disque relatif au concert

Vers l'ailleurs, dédié à Schubert, Liszt et Bruneau-Boulmier. Label 1 001 notes

Concerts à venir

26 janvier 2019 Concerto de Bach au couvent des Bernardins à Paris

30 janvier 2019 Concert à la Folle Journée de Nantes à 17h30, « Paris et l’Espagne », et à 20h30, Gershwin

31 janvier 2019 Concert à la Folle Journée De Nantes à 11h, « Paysages »

9 février 2019 Concert en duo, piano voix et piano violon à Paris Lycée Louis-le-Grand, Paris

3 mars 2019 Concert in Châteaubriant

5 avril 2019 2e concerto de Brahms à Fontaine-lès-Dijon (8h)

5 avril 2019 Concert Violoncelle et piano à Narbonne (21h): Brahms, Rachmaninov, Choveaux

14 avril 2019 Concert en sonate piano/alto à Bruxelles avec Adrien Boisseau

Concert in Pourrières with Adrien Boisseau (viola)

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