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Arts-chipels.fr

4.48 Psychose- un plaidoyer désespéré sur la liberté d’être et de mourir.

4.48 Psychose- un plaidoyer désespéré  sur la liberté d’être et de mourir.

Ce texte est d’une beauté crue. C’est une poésie brutale, radicale, sans compromis ni compromission  qui nous interroge sur notre humanité et notre présence au monde. C’est le cri déchirant d’une amoureuse qui aime sans retour et qui hurle son envie d’être aimée. C’est le cri de douleur d’une écorchée vive qui cherche désespérément un moyen d’apaiser ses doutes et sa souffrance. C’est une descente aux enfers pavés de cris de révolte et d’aspiration à une liberté totale mais aussi des moments très drôles de grande clairvoyance, avec un humour un peu acide cependant. Sophie Cadieux, magnifique, intransigeante, seule en scène, gracile dans son pull de laine blanche prend ce texte à bras le corps et nous en donne une interprétation incroyablement sensible et lumineuse dans un décor rouge sang, ligne de fuite étoilée qui pointe inexorablement vers un point de non-retour.

Avec ce texte on pourrait en faire un parallèle avec les dernières heures de Sarah Kane qui s’est pendue le 20 février 1999 dans les toilettes du l’hôpital King’s collège à 28 ans. Mais ce n’est pas si simple. Son propos est plus une recherche  désespérée de liberté absolue dont le geste ultime pour affirmer cette liberté serait de se donner la mort. C’est en cela annonciateur de son suicide, oui, bien sûr mais  en se donnant la mort elle se libère définitivement.
 

4.48 Psychose- un plaidoyer désespéré  sur la liberté d’être et de mourir.

On pense inexorablement à Antonin Artaud tant la qualité poétique du texte est puissante, d’une beauté radicale. C’est brut, sensible, inventif et ironique, certain dirait cynique. Sa poésie est une révolte implacable, totale contre toutes les compromissions de notre société, contre tous les arrangements que l’on doit faire pour vivre, contre la soumission au monde, contre  l’institution psychiatrique dont elle se moque savoureusement en imitant les postures condescendantes et archétypées des médecins. C’est un plaidoyer désespéré qui nous tient en haleine du début à la fin. Et incroyablement on rit souvent et cet humour acide transparait tout particulièrement avec la nouvelle traduction de Guillaume Corbeil.

La scénographie dont j’ai déjà parlé et la mise en scène de Florent Siaud s’accorde parfaitement avec ce texte en révolte totale, sans concession.

Je dois avouer que je ne connaissais pas cette auteure et que ce fut un choc, un étourdissement et que j’ai vraiment envie de lire l’intégralité de sa courte carrière car de1996 à 1999 elle a écrit cinq textes qui semblent tous aussi radicaux.

texte Sarah Kane / nouvelle traduction Guillaume Corbeil / mise en scène Florent Siaud / interprétation Sophie Cadieux / scénographie et costumes Romain Fabre / éclairages Nicolas Descôteaux / vidéo David B. Ricard / conception sonore Julien Éclancher / assistance à la mise en scène Valéry Drapeau

Au Théâtre Paris Villette

du 16 novembre 2018 au 2 décembre 2018

http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/psychose/

 

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