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Arts-chipels.fr

Le banquet ou la satyre tragi-comique d’une fête sans parole qui tourne au cauchemar.

Le banquet ou la satyre tragi-comique d’une fête sans parole qui tourne au  cauchemar.

On assiste au banquet d’une noce ordinaire avec une mariée bien choucroutée, un marié chaud lapin et des familles bien endimanchées. C’est le repas  de  noces sous un chapiteau qui petit à petit tourne au cauchemar mais le talent de Mathilda May qui a conçu et mis en scène ce spectacle c’est d’en faire une comédie satirique où l’on rit beaucoup tout  en pointant les travers  de ces « fêtes » de familles bien arrosées où les rapports humains parfois dévissent et s’enveniment au fil de la nuit.

La pièce se passe sous le chapiteau du banquet, déjà mal fagoté, le sol est en pente

les personnages glissent, trébuchent et tombent. Ils sont tous croqués si malicieusement que l’on ne peut que rire de leurs  travers. Et ce n’est que le début du banquet. C’est une caricature grinçante des rapports humains. Le coup de génie de Mathilda May est d’avoir compris que l’expression orale ne représente que 7% de la communication globale, elle a donc pris le parti pris de s’en passer et de tout miser sur les 93% restant. Et c’est sublime.  Ainsi les acteurs ne s’expriment qu’avec « la musique » des mots en mimant les conversations, Ils jouent, en chantant presque  les notes des dialogues. Cela crée un effet comique désopilant. On est dans du burlesque, dans du Buster Keaton  avec une touche de boulevard bien français.

Elle utilise tous les registres que sa carrière multiple à mis à sa  disposition. 

C’est enlevé, dynamique, caustique, parfois méchant, parfois tendre et au final un superbe moment de théâtre. Les acteurs sont tous magnifiques dans cette performance plutôt inédite.
 

Au-delà de la caricature, en filagramme, Mathilda May nous propose une analyse cruelle et pertinente des rapports de pouvoir au sein des familles.

A l’ère du #metoo, Mathilda May nous propose une lecture des fêtes de famille sous l’angle des rapports de force, féminin/ masculin. La société française reste encore bien coincée dans ces archétypes patriarcaux avec une domination masculine évidente. Ainsi  dans un univers festif familial tel que le repas de noce on pourrait imaginer  que  chacun puisse s’exprimer librement. Or, l’univers familial est encore celui qui incarne le plus les valeurs traditionnelles alors que parfois l’entreprise ou la société est forcée de bouger. Ainsi, dans les prises de paroles, dans la valorisation des individus on reste encore dans un schéma classique où l’homme prend l’avantage sur la femme par différent comportements.  Ainsi chacun peut prendre  le micro mais bien sûr ce sont les éléments masculins de la famille qui sont amenés à s’exprimer.  Les vidéos incontournables de l’enfance de chacun des mariés sert à valoriser le marié au détriment de la mariée alors que les images en elle-même seraient plutôt du côté de la mariée.
Cette critique est fine, légère et passe juste en surimpression sur les différents gags et actions du scénario. Elle n’est pas le sujet principal mais elle fait partie du moteur humoristique.

Une désacralisation du symbole de la robe de mariée.

Et pour en finir avec le mariage,  Mathilda May règle ses comptes avec cette institution qu’est LA  ROBE de mariée.  A travers cette  robe immaculée de la mariée elle s’amuse tout le long du spectacle à la profaner, la dégrader, en lui faisant subir  tout un tas d’agressions, accidents de tout ordre et dégradations diverses qui la font descendre de son piédestal et  dont toute la noce et nous aussi spectateurs à travers eux s’amusont beaucoup..

Avec ce spectacle la rentrée du théâtre du Rond-point s’annonce comme une bonne saison. A ne pas manquer.

Conception et mise en scène : Mathilda May

Avec : Sébastien Almar, Roxane Bret, Bernie Collins, Jérémie Covillault, Lee Delong, Stéphanie Djoudi-Guiraudon, Arnaud Maillard, Françoise Miquelis, Ariane Mourier, Tristan Robin

Assistanat à la mise en scène : Grégory Vouland

Décor : Jacques Voizot

Lumières : Laurent Béal

Son : Guillaume Duguet

Costumes : Valérie Adda

Vidéo : Nathalie Cabrol

Assistée de : Jérémy Secco

Régie technique : Éric Andriant
 

A noter :

Rencontres-dédicaces avec Mathilda May, conceptrice du spectacle / les 19, 20 octobre et les 2, 3 novembre, à la librairie du Rond-Point / Actes Sud

 

Tournée

15 ET 16 NOVEMBRE 2018 LE PIN GALANT / MÉRIGNAC (33)

22 NOVEMBRE 2018 THÉÂTRE EDWIGE-FEUILLÈRE / VESOUL (70)

1ER ET 2 DÉCEMBRE 2018 LE RADIANT / LYON (69)

4 DÉCEMBRE 2018 THÉÂTRE DE SALON-DE-PROVENCE (13)

5 DÉCEMBRE 2018 LE SILO / MARSEILLE (13)

6 ET 7 DÉCEMBRE 2018 ANTHÉA / ANTIBES (06)

11 DÉCEMBRE 2018 THÉÂTRE DE BEAUSOBRE / MORGES (SUISSE)

13 – 15 DÉCEMBRE 2018 ODYSSUD / BLAGNAC (31)

 

 

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