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Le quatrième mur d'après Sorj Chalandon adaption Julien Bouffier

Le quatrième mur d'après Sorj Chalandon adaption Julien Bouffier

La pièce est une adaptation du roman de Sorj Chalandon, le prix Goncourt des lycéens 2013. On pourrait résumer l’action ainsi : l’auteur interprété par une figure féminine relève le défi  de monter Antigone d’Anouilh à Beyrouth en pleine guerre  avec des comédiens de toutes les parties en conflits.

Ainsi on assiste à une mise en abîme magistrale du théâtre et de la représentation théâtrale. C’est  un spectacle étonnant qui  joue avec les codes du cinéma, du récit,  du théâtre et du documentaire  en nous offrant une multitude de moyens narratifs qui nous laissent scotchés, bluffés et bouleversés.

C’est un spectacle saisissant qui parle de la guerre et de son aveuglement, de son absurdité infinie mais aussi de la vie et de la mort. Il raconte la famille dans un monde en guerre, les enfances maltraitées, déchirées, broyées par des conflits qui les dépassent.  Ce spectacle est une tragédie mais c’est aussi un film à suspense, un documentaire palpitant. Un des intervenants filmés résume parfaitement la situation  en proférant cette sentence : « personne n’est au-dessus de la guerre, il n’y a plus d’autre tragédie que cette guerre ».

Mise en abîme de la représentation

Le quatrième mur dans le monde du théâtre est la séparation, la limite entre la scène et les spectateurs. Cette espace étrange où le réel reprend vit et où la scène disparaît.

Le travail artistique, la mise en scène et la scénographie  participent étonnamment au récit en jouant constamment sur les différents plans crées par un voile devant la scène, sur cette représentation du quatrième mur, sur lequel sont projetées des images ou des vidéos mais également un écran en fond de scène animé de la même manière. Le devant et le fond de la scène se mélangent, s’inversent, jouent avec les actrices qui évoluent sur une sorte de piédestal qui les rehaussent du sol. Elles dialoguent en permanence avec des participants filmés. Tout est fait pour brouiller les pistes et nous faire perdre nos repères visuels. Cette compagnie travaille depuis une dizaine d’année sur la question documentaire dans la représentation théâtrale et le résultat est  esthétiquement et conceptuellement magnifique.

Antigone comme symbole de l’obstination jusqu’auboutisme face à un oppresseur

Antigone, personnage du théâtre antique dans la pièce de Sophocle que tout le monde connait où elle incarne l'obéissance à des lois divines et morales, qui transcendent la justice humaine. En1944, sous l'occupation allemande, Jean Anouilh fait d'elle une figure de la résistance à l'oppression. Et dans ce conflit généralisé de Beyrouth, Antigone évoque aussi la résistance d'un individu face à l’oppression. Elle est le pur symbole pour personnifier l’entêtement au nom d’un idéal dans un combat  jusqu’à la mort.  Elle est le drame de l'impossible voie moyenne entre des exigences et des obstinations, plus exacerbées et jusqu’auboutistes les unes que les autres.

C’est aussi me semble-t-il, une interrogation sur le travail de journaliste face  à l’horreur d’un drame irracontable que l’on doit quand même rapporter.

Et pour finir je voudrai évoquer le très beau travail sonore et musical, voix et guitare en live qui accompagne tout le spectacle. Cette voix tantôt grave, tantôt éraillée, tantôt inaudible chante tout le long du spectacle sur des accords de guitare électrique. C’est une plainte, le murmure de la souffrance des personnages qui nous transporte.

Ce spectacle est un des meilleurs que j’ai vu depuis le début de l’année et je vous invite vivement à ne pas le rater.
 

Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Scénographie Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier
Création vidéo Laurent Rojol

Interprètes Yara Bou Nassar, Nina Bouffier, Alex Jacob, Vanessa Liautey
À l’image Joyce Abou Jaoude, Diamand Abou Abboud, Mhamad Hjeij, Raymond Hosni, Elie Youssef, Joseph Zeitouny
Voix Stéphane Schoukroun
Création musicale Alex Jacob
Ingénieur son Éric Guennou
Création lumière et régie générale Christophe Mazet
Régie plateau Emmanuelle Debeusscher
Travail sur le corps Léonardo Montecchia

Photos © Marc Ginot

 

Théâtre Paris-Villette
mar au jeu à 20h / ven à 19h / sam à 20h / dim à 16h
relâche samedi 12, lundis 14 et 21 mai

 

 

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