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Arts-chipels.fr

Les Bords du monde. Il était une fois… ces histoires de nos Orients lointains

Les Bords du monde. Il était une fois… ces histoires de nos Orients lointains

Douze acrobates, musiciens, danseurs et comédiens venus du Brésil, de Syrie, du Togo, d’Haïti ou de France débordent de vitalité pour nous conter des histoires. Par bribes, en fragments, en éclats. Des contes d’asservissement refusé, d’individus qu’on a voulu réduire au silence, mais qui, envers et contre tout, résistent et revendiquent. Leurs histoires aussi, parce qu’ils sont tous les autres.

Une structure métallique, dressée comme un mur, au fond de la scène. Comme des diables à ressort sortis d’une boîte apparaît une tête, puis une autre, puis une autre encore. Elles rentrent et surgissent alternativement en un clin d’œil. De chaque côté de la structure, des instruments de musique : côté cour, des percussions, congas et tambours de diverses sortes ; côté jardin, des cordes, une guitare et ce qui se rapproche d’un luth, un guembri ou un xalam, peut-être – plus tard apparaîtront des tablas. Très vite le décor se déplace pour devenir tantôt plateau de scène surélevé où se revendiquent les identités, tantôt cages sous le plateau dans lesquelles les acteurs sont enfermés, tantôt aussi le mur auquel ils se heurtent sans pouvoir l’ébranler.

Les Bords du monde. Il était une fois… ces histoires de nos Orients lointains

Des histoires individuelles

Ils parlent dans leur langue – parfois un surtitre apparaît au fond – laissant entendre le chant profond qui sourd de leurs paroles, utilisent de temps en temps le français. Ils viennent des favelas du Brésil, des rues du Togo, des bidonvilles parfois. Ils racontent des histoires, les leurs et celles des autres. Des histoires de reconquête. De leur identité, de leur corps, de leur sexualité. De leur liberté, chèrement acquise, et de la fierté qu’ils en retirent. Mais au-delà des mots c’est leur corps qui parle, en ondulations serpentines et déliées ou en martèlements furieux sans cesse renouvelés qui les amènent à un état de transe ou presque. Ils vont au bout d’eux-mêmes dans cette gestuelle qui sort des limites, les emporte et les engloutit. Car c’est bien d’une exploration des frontières qu’il s’agit : des leurs, transcendées par la danse, le chant, le cri ; de celles que posent les autres, dans la différence comme dans l’exil. « Regardez-moi ! », crie l’un des personnages. Car exister c’est d’abord être dans le regard de l’autre.

Les Bords du monde. Il était une fois… ces histoires de nos Orients lointains

Un processus de création basé sur l’improvisation

Loin du schéma traditionnel du théâtre, le spectacle mêle danse, musique, chant et expression théâtrale. Il s’élabore dans un premier temps à partir d’improvisations qui sont autant de propositions individuelles dans l’aventure commune qui se construit. Chacun peut aller au bout de son projet, sans contrainte de temps ni nécessité de rythme. De ce magma, filmé, émergeront des lignes de force qui seront isolées, reprises, puis fixées pour constituer le spectacle. Celui-ci devient, plus que la collection des aventures personnelles, un projet collectif où tous sont impliqués, même si par moments, les aventures individuelles affleurent. C’est ce processus qui donne au spectacle sa tonalité si particulière et le situe entre les mondes.

Un théâtre aux frontières

Comment expliquer la séduction qu’exerce cet objet insolite ? Peut-on parler de texte quand seules des bribes intelligibles nous parviennent ? Peut-on parler de trame quand tant d’histoires s’entrecroisent sans autre point commun que la vibrante épithète lancée à la fin – « Qu’elle est belle, la liberté ! » ? Peut-on, enfin, parler de théâtre quand cette forme hybride est d’abord une explosion d’énergie à l’état pur, débarrassée des demi-mesures ? Car rien n’existe à moitié dans le spectacle. Subtile, en dépit de la violence avec laquelle elle nous est jetée au visage, la musique mêle instruments traditionnels et électrification comme pour rompre un peu plus les barrières. Les percussions, assénées, martèlent nos têtes, impriment un rythme effréné à la danse dans laquelle les intervenants s’engagent tout entiers. Le spectateur est entraîné dans le mouvement. Il reçoit en pleine poitrine ce déferlement d’énergie brute qui ne peut laisser indifférent. Tels des derviches tourneurs tournoyant dans l’espace, les comédiens danseurs s’échappent d’eux-mêmes tout en se retrouvant. Dépossession et reconquête de soi vont de pair. Quant au théâtre, s’il y a théâtre, il se retourne sur lui-même – contre lui-même. Car la catharsis qui s’empare des intervenants du spectacle ne se situe-t-elle pas au-delà du cadre du théâtre ? Peut-être est-ce là un autre « bord du monde » que touche le spectacle…

Les Bords du monde par la compagnie Ophélia

Dramaturgie et mise en scène : Laurent Poncelet

Avec : Gabriela Cantalupo, Tamires Da Silva, Abdelhaq El Mous, Zakariae Heddouchi, Marcio Luiz, Ahmad Malas, Kokou Mawuenyegan Dzossou, Lindia Pierre Louis, Lucas Pixote, Germano Santana, Clécio Santos, Sodjiné Sodetodji.

Musique :  Zakariae Heddouchi, Clécio Santos

Théâtre de l’Épée de bois, Cartoucherie de Vincennes – 75012 Paris

Du 12 au 22 avril 2018, jeudi et vendredi 20h30, samedi 16h et 20h30, dimanche 16h.

Tél : 01 48 08 18 75. Site : www.epeedebois.com

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