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Arts-chipels.fr

Guillaume Vincent. Une passion romantique toute d’énergie et de finesse

Guillaume Vincent. Une passion romantique toute d’énergie et de finesse

Ce très jeune et talentueux pianiste nous a offert une interprétation très personnelle et pleine de sensibilité d’une sélection tomantique où rêverie devant la majesté de la nature et références aux traditions populaires se conjuguent.

Plus romantique tu meurs ! les quatre Ballades (opus 10) de Brahms, dont la première est inspirée d’une ballade populaire écossaise, Edward, tirée d’une anthologie de Herder et la partie « Suisse » des Années de pèlerinage de Liszt dont le titre emprunte au roman initiatique de Goethe nous conduisaient droit vers un « paysage choisi » de l’âme. Guillaume Vincent s’est coulé dans ce moule avec une sensibilité à fleur de peau et une passion communicatives.

Œuvres de jeunesse de Brahms, les Ballades, pourtant morceaux distincts, se répondaient dans leurs tonalités deux à deux, ré majeur succédant à ré majeur, si majeur à si mineur. La troisième Ballade, toute de gravité, est très belle. Si le style si particulier de Brahms n’y est pas encore, le romantisme présent s’étoffe déjà d’une forme de lyrisme et d’ampleur orchestrale qui caractérisera le compositeur.

Rêveries d’un promeneur solitaire

Quant aux Années de pèlerinage, elles synthétisent la vision du monde telle que les romantiques la porteront : effacement de l’homme devant le grand spectacle de la nature dans laquelle il se fond, particule absorbée dans l’infinie majesté de l’univers, résonnances mutuelles entre l’âme et le monde qui l’entoure – on pense évidemment à la peinture de Caspar David Friedrich. Lorsque s’égrènent les accords de la Chapelle de Guillaume Tell, ils sonnent clair, magistraux et pleins de gravité, dans la fin du jour, dans le tremblement de l’air du soir. Liszt l’exprime quand il écrit : « Ayant parcouru en ces derniers temps bien des pays nouveaux, bien des sites divers, bien des lieux consacrés par l’histoire et la poésie, ayant senti que les aspects variés de la nature et les scènes qui s’y rattachaient ne passaient pas devant mes yeux comme de vaines images, mais qu’elles remuaient dans mon âme des émotions profondes : qu’il s’établissait entre elles et moi une relation vague mais immédiate, j’ai essayé de rendre en musique quelques-unes de mes sensations les plus fortes, de mes plus vives perceptions… ». Issues des trois cahiers de l’Album du voyageur, les Années de pèlerinage font se miroiter délicatement les arbres dans la profondeur des lacs, jouer la lumière qui passe à travers les feuilles et découpe taches d'or et formes diaprées. Le spectateur immobile – le compositeur – contemple et nous fait partager cet instant d’éternité. Indissociable pour lui des écrits qu’il dévore dans le même temps : Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand.

Les tourments de l’âme

Mais l’inquiétude n’est pas loin. La référence au roman de Senoncourt dans la Vallée d’Obermann, journal intime d’un héros malheureux qui traîne son mal de vivre, son amertume et sa difficulté existentielle est significative. Liszt place d’ailleurs une citation de l’auteur en exergue : « Que veux-je ? Qui suis-je ? Que demander à la nature ? » La majesté de la nature n’exclut pas l’angoisse de l’homme, déchiré, souffrant, imparfait, en proie au doute. La musique fait oublier sa complexité dans l’urgence du sentiment qui s’impose. La musique devient « non plus une simple combinaison de sons, mais un langage poétique plus apte peut-être que la poésie elle-même à exprimer tout ce qui, en nous, franchit les horizons accoutumés, tout ce qui échappe à l'analyse, tout ce qui s'attache à des profondeurs inaccessibles, désirs impérissables, pressentiments infinis… » Violence et douceur forment un couple indissociable, une paire complice, la perception à deux faces d’une même réalité. La vérité du monde est contradictoire et l’homme en fait partie intégrante. Et la musique coule et se heurte, s’envole et s’immobilise soudain. Le temps se suspend un court instant avant de reprendre son cours, la mélancolie cède la place à la joie avant de revenir, un carillon qui s’accélère dans le lointain traverse le silence du jour qui se meurt, impose sa présence insistante avant de s’éteindre, la sensation est reine et Guillaume Vincent la transmet d’une admirable manière…

Mais il sait nous dire aussi qu’il s’amuse : le choix pour le bis d’Humoresque de Dvorăk dit assez le plaisir, sous toutes ses formes, de la musique…

Guillaume Vincent – Récital de piano

Johannes Brahms : Ballades opus 10 (n° 1 en ré mineur, n° 2 en ré majeur, n° 3 en si mineur, n° 4 en si majeur)

Franz Liszt : les Années de pèlerinage (la Chapelle de Guillaume Tell, Au Lac de Wallenstadt, les Cloches de Genève, la Vallée d’Obermann) et Rêve d’amour

Antonin Dvorăk : Humoresque

Saison Blüthner « Piano mon amour »

27 février 2018

Goethe Institut, 17, avenue d’Iéna – 75016 Paris

Tél. 01 44 43 92 30

www.goethe.de/paris

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