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Arts-chipels.fr

Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose. Absurde, non sens et dérision

Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose. Absurde, non sens et dérision

Une aimable loufoquerie pleine de poésie et de trouvailles qui pointe du doigt conformisme et prêt-à-penser.

Eux : ils sont cousins et occupent une ancienne épicerie dont ils payent à grand-peine le loyer.

Elle : elle cherche la rue Boulard et une bouteille de vin pour se rendre chez ses amis. Elle débarque chez eux, pensant y trouver une solution à ses problèmes. C’est le point de départ d’une situation qui ne va pas cesser de déraper.

Dire ou ne pas dire, voilà la question

Paulbert et Gérard sont en pleine séance d’entraînement. L’un simule un appel téléphonique et l’autre lui répond. Mais rien ne va plus : faut-il marquer un silence ou une pause ? Ils sont capables d’ergoter sans fin sur la nature de cette scansion qui n’a pas de sens lorsque Barbara fait son apparition. Elle est joviale, un rien naïve, et les deux hommes vont se sentir le désir de l’obliger. Elle cherche une épicerie ? Ce n’en est plus une mais qu’à cela ne tienne ! ils enverront la voisine – un peu vieille semble-t-il si on les en croit, et lente à la détente – chercher le vin tandis que Barbara leur tiendra compagnie. Déjà la situation dérape : la voisine se rend rue Boulard pour chercher le vin. Mais alors, se demande Barbara, pourquoi ne lui a-t-elle pas indiqué le chemin pour qu’elle fasse elle-même d’une pierre deux coups… ?

La voisine tarde bien sûr à revenir et l’attente s’éternise. Alors ils parlent. Parce que Barbara, pleine de gentillesse, les questionne. Ils parlent. De ce qu’ils font. Des dialogues dérisoires qu’ils créent en tentant désespérément d’échapper au sentiment que tout a déjà été dit depuis l’aube des temps et qu’il n’y a plus rien à dire. Que passé et futur ont disparu pour ne laisser la place qu’à un présent éternel et sans avenir. Qu’ils doutent même d’exister.

Un Candide en habits de femme

Barbara, toute de gentillesse et de rondeur, ne cesse de mettre les pieds dans le plat par ses questions. Sur la vie des deux garçons, d’abord. Leur affaire d’écriture de dialogue : combien de clients ? Tout juste un, avouent-ils d’un air gêné…Le dénuement du décor – quelques chaises éparses ? Le fait que le propriétaire de la boutique se paie en nature quand ils n’ont pas réglé le loyer… Sur la vacuité de l’existence et le fait qu’on ne pense plus à rien.  « Penser qu’on ne pense à rien, n’est-ce pas déjà penser à quelque chose ? », questionne-t-elle ? Elle est le bon sens populaire incarné introduit en plein pays de l’absurde ; elle en révèle et en démonte, par sa présence, tous les rouages.

Inventivité et non-sens

On s’amuse beaucoup devant ces assertions sans queue ni tête énoncées avec un sérieux imperturbable par Paulbert et Gérard. Accuser les premiers hommes d’avoir trop parlé, ce qui prive ceux du présent d’avoir quelque chose à dire ; s’étonner, lorsque Barbara annonce qu’elle va mourir, qu’on puisse considérer cela comme exceptionnel au motif que « nous, bon, quand on meurt, d’accord, quand on voit qu’on meurt on sait ce qui nous arrive, on se dit Je meurs. Mais le premier qui est mort, il ne saura jamais ce qui lui est arrivé. C’est ça le petit reproche que je ferais à la mort » sont autant d’entorses à la logique du discours, qui lui font se prendre les pieds dans le tapis. Et Olivier Broche, Vincent Debost et Anne Girouard sont épatants avec leur air de ne pas y toucher quand ils énoncent leurs vérités insensées avec le plus grand sérieux, comme si leur vie en dépendait.

Le public ne s’y trompe pas. Il rit tout au long du spectacle et applaudit beaucoup. 

Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser quelque chose : Texte et mise en scène de Pierre Bénézit

Avec : Olivier Broche (remplacé par Luc Tremblais les 13, 18, 20, 27 janvier et les 2, 6, 10 février), Vincent Debost, Anne Girouard.

Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple – 75011 Paris

Du 14 décembre 2017  au 21 janvier 2018, du mercredi au samedi à 19h15, le dimanche à 15h.

Du 22 janvier au 4 mars 2018, du mardi au samedi à 19h15, le dimanche à 15h.

Tél : 01 48 06 72 34. Site : www.theatredebelleville.com

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