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Arts-chipels.fr

Cherchez la faute ! Dieu – si on peut employer le terme – qu’il est bon de se servir de sa tête !

Cherchez la faute ! Dieu – si on peut employer le terme – qu’il est bon de se servir de sa tête !

Et si la Bible racontait autre chose que ce qu’on lui a fait dire durant des siècles ? C’est le parti pris ambitieux de ce spectacle qui flirte avec la philosophie, l’histoire des religions et la remise en cause réjouissante de ce que nous savons ou croyons savoir pour nous transmettre une vraie leçon de tolérance.

Il est monnaie courante de considérer que la femme naît de l’homme et que cette traîtresse est la cause de tous les maux de la terre. Il est tout aussi galvaudé de considérer la connaissance – l’arbre dont nos deux loustics vont goûter les fruits – comme la source de tous nos malheurs. Cherchez la faute ! prend à bras-le-corps ces assertions pour les examiner par le menu et nous offrir une disputatio – ou, si l’on préfère la version juive, un exemple d'exercice talmudique – qui remet à plat le texte pour lui faire cracher son sens caché.

Quand le théâtre naît de la discussion

Des tables sont disposées en carré sur la scène même du théâtre. Les spectateurs sont invités à y prendre place. Sur ces tables traînent quantité d’ouvrages sur la pensée : Levinas, des ouvrages en hébreu, et bien d’autres encore.  Et des dossiers, contenant chacun des textes. Tout à coup l’un des participants en apostrophe un autre sur la manière de lire les textes sacrés. L’espace d’un instant on hésite : où sommes-nous donc ? avant de comprendre que oui, nous avons quitté la réalité pour le théâtre et que nous sommes entrés dans le spectacle.

Plus d’une heure durant, les quatre comédiens, installés chacun sur un des côtés du carré formé, vont se prendre – et nous prendre – à parti et nous faire entrer dans le corps du texte. On est dans l’essence même du théâtre avec cette ré-interrogation qui est déjà du domaine du jeu et de la mise en scène. Nous sommes là pour interpréter – ré-interpréter – un texte millénaire que des générations entières ont considéré comme acquis, comme une donnée indiscutable, posée pour l’éternité des temps…

Photo Patrick Berger

Photo Patrick Berger

La Bible. Quelle Bible ?

Nous voilà plongés sans crier gare dans la polémique qui a agité tant d’hommes au fil de l’histoire, provoqué tant de guerres, engendré tant d’incompréhensions et de massacres. Réinterroger les textes et les versions pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe. Une manière de se situer au présent. La Bible en effet est le produit de transmissions et d’ajouts au fil des quelque 1 600 ans de sa rédaction. Elle débarque en Occident via une version grecque, reprise en latin pour donner la version traduite dans différentes langues par l’Église. Traduction dit trahison, car adaptation. Quant au retour au texte source, la Bible hébraïque, il a fait lui aussi l’objet de traductions qui sont elles aussi des réinterprétations. Le spectacle utilisera la version la plus proche du sens originel des mots et reprendra la traduction d’André Chouraqui, qui tente de rester au plus près du texte d’origine – et de son mystère.

Le récit. Quel récit ?

Retranscrire ici la portée des débats – sur le nom même de Celui qu’on ne nomme pas, sur les étapes de la création du monde, sur ce que représente le Jardin d’éden, etc. – serait long et fastidieux en regard de la vie intense qui anime le spectacle, poussant les personnages à revenir aux textes, tantôt pour nous présenter, sur un tableau, les caractères hébraïques à la source des mots, tantôt pour nous nous inciter à lire ce que disent les textes, c’est-à-dire à les interpréter. Qu’il suffise cependant de dire qu’il y a parfois des silences lourds de signification et que l’attention portée par les spectateurs présents était palpable comme un halo flottant sur le spectacle, une brume légère mais persistante qui est celle de la pensée.

Une leçon de vie et d’acceptation de l’Autre

Au-delà des considérations sur la notion de faute originelle ou des réflexions potentielles sur ce drôle de Dieu qui, omnipotent, crée tout, y compris la possibilité de transgression, et punit lorsqu’on enfreint la règle, émergent cependant des points de vue sur la différence des sexes et leur « hiérarchisation » et sur la notion de « faute » originelle. Sommes-nous donc si coupables qu’on a bien voulu nous le faire croire, et comment tirer les enseignements de cette relecture pour mieux comprendre l’Autre, appréhender la différence dans ce qu’elle a de positif, de complémentarité et non d’exclusion ? Renvoyés à nous-mêmes, nous interrogeons nos comportements, nos croyances, non pour les détruire mais pour leur apporter le souffle de la compréhension et du dialogue.

Sorti des murs du théâtre et présenté à de jeunes lycéens, le spectacle a suscité entre autres, cette réflexion : « Mais alors, on peut aussi analyser ces textes-là… » (ie, qui sont du ressort du sacré). Une leçon bien utile aujourd’hui quand des populations entières s’étripent au nom de dogmes qui sont sujets à caution…

Cherchez la faute d’après La Divine origine / Dieu n’a pas créé l’homme de Marie Balmary (éd. Grasset & Fasquelle – livre de poche)

Spectacle pour environ 70 spectateurs par représentation

Mise en scène : François Rancillac

Avec : Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend et, en alternance, François Rancillac ou Fatima Soualhia Manet.

EN AVANT-PREMIERE

Le 3 juin 2019 Collège des Bernardins - 20 rue de Poissy - 750015 Paris

Du 8 au 24 juillet 2019 Avignon, festival off. A la Manufacture

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