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Arts-chipels.fr

L’intégrale des quatuors à cordes de Schubert et de Philip Glass. À ne pas manquer

L’intégrale des quatuors à cordes de Schubert et de Philip Glass. À ne pas manquer

Le Collège des Bernardins propose une intégrale des quatuors à cordes de Schubert et de Philip Glass sur deux week-ends : les 17, 18, 19 et les 24, 25 et 26 novembre. Au quatuor Manfred qui interprète Schubert se joignent plusieurs quatuors de jeunes gens talentueux pour nous offrir des œuvres de Philip Glass qui couvrent une large période, de 1966 à 2014.

 

Le Collège des Bernardins, un lieu d’exception

Cet ancien monastère, composé de strates historiques superposées qui le mènent du XIIIe au XVIIIe siècle est tout à fait étonnant. Par ses dimensions monumentales en premier lieu, son aspect de bâtiment massif et puissant édifié sur plusieurs niveaux. La restauration de 2004, qui a supprimé les cloisons et offert l’aménagement luxueux qu’on y trouve aujourd’hui, a rendu au lieu toute sa splendeur architecturale. La grande nef où l’on pénètre pour accéder au collège, avec ses colonnes d’une sobriété toute cistercienne, est impressionnante par son dépouillement et son minimalisme décoratif, mais aussi par ses dimensions. Lieu de réflexion où l’on rentre en soi-même dans un décor qui respire l’harmonie et la simplicité.

Le grand auditorium, où se tenait le concert du 18 novembre, est situé dans les anciens combles du monastère. Luxueusement réaménagé, il a cette particularité architecturale d’avoir préservé la forme en triangle très « pointu » du toit, avec une hauteur sous plafond impressionnante.

Un concert qui tient ses promesses.

En ouverture : le Quatuor à cordes n° 6 en ré majeur D74, créée en 1813. Schubert, compositeur naissant, placé sous l’aile de Salieri, y propose une musique assez gaie, qu’il offre à son père pour sa fête. Comme toute la famille Schubert est musicienne, le quatuor est adapté aux possibilités musicales de chacun : papa au violoncelle, ses deux frères au violon et Franz à l’alto… La composition apparaît plus, aujourd’hui, comme un exercice de style que comme une œuvre au sens plein du terme. Mais elle reste celle d’un musicien très talentueux malgré son jeune âge, qui exprime une grande richesse et une volonté d’exploration des possibles tout à fait intéressante.

Suivait une œuvre de Philip Glass de « musique à structures répétitives ». Elle se situe à la fin du séjour de Glass à Paris où il suit les cours de Nadia Boulanger. Glass a quitté les sentiers du sérialisme et découvert la Nouvelle Vague. Dans cette œuvre, il pousse le minimalisme à son extrême, introduisant au milieu du morceau une plage de silence qui dure quelques minutes mais paraît des siècles. Le public très sage du concert respecta ce silence sans broncher. Ni rire ni chuchotement. Comment, en cette circonstance, ne pas penser au film de Marguerite Duras, l’Homme atlantique, dans lequel elle décrit un film à faire sur un écran noir pendant près de vingt minutes…

La Jeune fille et la mort (Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D 810) fermait le concert. Œuvre magnifique, écrite par Schubert peu avant sa mort. D’une grande difficulté d’interprétation pour le premier violon et pour le violoncelle, le morceau constitue une véritable dentelle musicale tissée de manière arachnéenne dans les aigus par le violon et dans les graves par le violoncelle qui assure la plus grande partie du contre chant de ce dialogue hors norme. On est toujours saisi par la profondeur de l’émotion qui préside à la composition de ce morceau, qui prend ici la dimension d’un drame exprimé avec une infinie délicatesse et une insigne légèreté traversées d’éclats. L’interprétation qui en était donnée ici, au lieu d’insister sur le caractère dramatique du rapt de la Jeune fille par la Mort présentait davantage leur dialogue comme une approche amoureuse dans laquelle la Mort, cessant d’être effrayante, devenait libératrice. On ne peut s’empêcher de penser que cette composition de Schubert est créée au moment où le compositeur, atteint de syphilis, souffre, sans remède à l’époque – même si ce n’est pas la maladie qui l’emportera mais une fièvre typhoïde –  et que ce flirt avec la Mort, cette danse de la séduction où se mêlent attirance et répulsion, envie et peur représente une forme d’acceptation de la fin qui approche inéluctablement. Reste que le morceau est, comme toujours, proprement bouleversant. Un enchantement même si le jeu du premier violon, tout en finesse aérienne, pouvait parfois sembler manquer de puissance.

De Schubert à Philip Glass

Le rapprochement entre Schubert et Glass n’a rien de fortuit. Né le 31 janvier 1797, Schubert partage, à cent quarante années d’écart, sa date de naissance avec Glass. Mais leur relation n’est pas que de surface. Glass étudie de manière très approfondie l’œuvre de Schubert et particulièrement la formule du quatuor qu’il utilisera fréquemment aussi dans ses musiques de films. Une même mélancolie émane de leurs deux musiques, même si elle trouve pour s’exprimer, dans un cas la voie du minimalisme, et dans l’autre celle de la délicatesse ouvragée.

Deux quatuors d’interprètes ont relevé ce défi ambitieux pour chacun des concerts : le Quatuor Manfred pour les quinze quatuors à cordes de Schubert, associé aux jeunes ensembles Yako, Varèse, Tana et Van Kuijk pour les sept quatuors que compte l’œuvre de Philip Glass.

Le dimanche 26 novembre, au concert de 16h, place cependant au Quintette à deux violoncelles D 956, écrit en 1828, l’année même de la mort de Schubert, mais publié dans les années 1850, après sa mort. La présence de deux violoncelles au lieu des deux violons qui figurent traditionnellement dans ces formations offre une plus grande richesse du registre grave. L’ornementation, qui caractérise Schubert, se fait plus scandée, plus enlevée, plus frémissante, plus dramatique parfois, plus orchestrale aussi, rapprochant cette œuvre de celle de Beethoven sans toutefois se départir du caractère mélodique et du chant et qui lui sont propres.

Une bien belle initiative, dans tous les cas, soutenue par l’association ProQuartet, d’associer ces deux musiciens dans un programme commun et avec tant de qualité. Et bravo au Quatuor Manfred pour avoir relevé un pari d’une telle difficulté avec tant de brio !

 

Schubert – Philip Glass : double intégrale des quatuors à cordes

Collège des Bernardins, 20, rue de Poissy – 75005 Paris. www.collegedesbernardins.fr

Suite de l’intégrale les 24, 25 et 26 novembre 2017

Vendredi 24 novembre : Schubert, Quatuors nos 4 et 5 ; Glass, Quatuor n° 5. Quatuors Manfred et Varèse.

Samedi 25 novembre : Schubert, Quatuors nos 2 et 15 ; Glass, Quatuor n° 6. Quatuors Manfred et Tana.

Dimanche 26 novembre, 12h : Schubert, Quatuors nos 10 et 11 ; Glass, Quatuor n° 3 « Mishima ». Quatuors Manfred et Van Kujik.

Dimanche 26 novembre, 16h : Schubert, Quintette à deux violoncelles D 956 (op. post. 163) en ut majeur ; Glass, Quatuor n° 7. Quatuors Manfred (et la participation de Marc Coppey, violoncelle) et Tana.

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