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Arts-chipels.fr

Au revoir là-haut par Albert Dupontel. Du cinéma populaire comme on l’aime. À voir, pour sûr !

Au revoir là-haut par Albert Dupontel. Du cinéma populaire comme on l’aime. À voir, pour sûr !

En 1919, la guerre a laissé un pays brisé, dans les cœurs comme dans les corps. La reconstruction s’accompagne d’exactions en tout genre et ouvre la voie aux escroqueries les plus diverses. Deux anciens soldats, victimes de la guerre, tentent une entourloupe pour faire payer à la guerre le tort qu’ils ont subi…

Il est un ancien comptable que la guerre a contraint, survivance oblige, à se faire homme-sandwich. Son compagnon de tranchée, dessinateur de grand talent, a eu la moitié du visage arraché. Soldats, ils ont été victimes de la folie d’un homme qui décide d’ignorer, alors que l’armistice est proche, les ordres de ses supérieurs lui demandant de suspendre toute action. Ils vont chercher à survivre et à sortir par le haut d’une situation démoralisante et apparemment inextricable.

Une peinture sans fard de la Première guerre mondiale

Le décor est planté. Nous ne sommes pas au pays des joyeux va-t-en-guerre partis la fleur au fusil mais dans un champ dévasté par les obus où se dressent à peine quelques branches déchiquetées, dernier vestige de la nature après l’apocalypse. Le lieutenant qui a donné l’ordre à ses troupes de charger une dernière fois, on le retrouvera plus tard, reconverti dans le commerce des morts, vendant bras, jambes, torses et têtes pas toujours assortis aux familles désireuses de retrouver « leurs » morts pour leur donner une sépulture. Les conséquences de la guerre, ce sont ces milliers de gueules cassées, unijambistes, amputés du bras, visages détruits, qui hantent les rues, abruties par la morphine qu’on leur fournit pour leur faire supporter un quotidien insupportable, accros à leurs doses, parfois sans feu ni lieu, sans passé glorieux, sans avenir.

Des deux soldats, Albert Maillard est revenu intact mais sans travail. Son compère, Édouard Péricourt, rejeton d’une famille riche persécuté par son père, a eu le bas du visage emporté. Il se nourrit à la seringue et ne peut plus parler mais refuse de retourner dans sa famille. Albert l’a donc pris sous son aile.

Au revoir là-haut par Albert Dupontel. Du cinéma populaire comme on l’aime. À voir, pour sûr !

Intrigues croisées

À partir de là les histoires s’emmêlent : celle du lieutenant, devenu l’époux de la sœur d’Édouard, qui enchaîne pourritures et trahisons ; celle du père Péricourt, que le remords taraude ; celle de nos deux lascars qui cherchent un moyen de s’en sortir en pariant sur la culpabilité des « vivants » et vendent sur catalogue des monuments aux morts qui ne seront jamais réalisés. Les routes se croisent quand Maillard découvre les forfaits du lieutenant ou qu’il comparaît devant le père d’un de ses anciens compagnons de guerre, quand Péricourt décide de connaître l’homme avec qui son fils a combattu, qu’il commande un monument aux morts et découvre la supercherie qui le mènera vers ses auteurs. On est en plein mélo, mais de ceux qu’on aime voir, de ceux qui vous arrachent une larme, mais pour de bonnes raisons. Mais le rire n’est pas loin et les odieux font rire, à défaut de les voir punis.

Seulement voilà : tout ne se passe pas exactement comme dans une comédie, tout comme tout ne finit pas en drame. On est dans l’entre-deux, oscillant de l’un à l’autre, de l’apitoiement à la dérision et de l’effroi au rire.

Au revoir là-haut par Albert Dupontel. Du cinéma populaire comme on l’aime. À voir, pour sûr !

Épatants comédiens

Pour invraisemblable que soit l’histoire, elle n’en demeure pas moins touchante. Les décors sont beaux, les personnages ciselés. Tout juste le trait est-il forcé pour Laurent Laffite, qui joue le lieutenant Pradelle, coureur de dot, jouisseur, pleutre et iconoclaste, qui joue à saute-mouton sur les tombes ou pour Niels Arestrup plus vrai que nature en potentat méprisant qui ravale ses inférieurs au rang de vers de terre. Tout juste aussi la soubrette apparaît-elle plus naïve qu’il ne faut, ouvrant de grands yeux innocents sur la noirceur du monde.

Nahuel Perez Biscayart, dont le bas du visage est masqué en permanence, réussit la performance d’exprimer, par les yeux seuls, aidé par quelques masques, panneaux et grognements qui lui permettent de communiquer, tout un éventail de sensations, de sentiments. Quant à Albert Dupontel, sorte de Pierrot lunaire qui trimballe une forme de naïveté rafraîchissante, il est désarmant d’honnêteté, même dans ses exercices de duperie.

Bref, on ne sort pas de là en se creusant la tête ou en se posant la question du message du film, et c’est tant mieux. On est dans du vrai cinéma populaire – mais non populiste – où l’on se sent interpellé en direct. On rit, on pleure, on jouit avec simplicité de cette grande tranche d’humanité, pas si simpliste qu’il y paraît, et qui nous est offerte.

Au revoir là-haut. Film d’Albert Dupontel - 2017

Réalisé par Albert Dupontel

Scénario : Albert Dupontel, d’après le roman de Pierre Lemaître (Goncourt 2013)

Avec : Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Niels Arestrup…

 

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