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Brahms et Moussorgski. Quand le soutien à l’aide humanitaire prend la dimension d’un concert magistral

Brahms et Moussorgski. Quand le soutien à l’aide humanitaire prend la dimension d’un concert magistral

Il y avait foule ce samedi 21 octobre à l’église Saint-Christophe dans le 15e arrondissement. L’association Note et bien, qui regroupe quelque cent cinquante chanteurs et instrumentistes amateurs proposait, dans le cadre du soutien à une association caritative, un concert ambitieux, avec l’aide d’un chef d’orchestre et altiste professionnel, Marc Desmons, et d’un jeune violoniste talentueux, Pierre Fouchenneret.

Au programme – excusez du peu ! – le Concerto pour violon en ré majeur de Brahms et les Tableaux d’une exposition de Moussorgski orchestrés par Ravel.

Un magnifique concerto pour violon et une pièce majeure du romantisme

Les concertos pour violon célèbres ne sont pas si nombreux : Mozart, Mendelssohn, Beethoven, Sibelius… La liste est assez courte si on la compare aux concertos pour piano. Mais ils ont en général remarquables. Le Concerto pour violon en ré majeur de Brahms ne fait pas exception à la règle. Il figure parmi les pièces incontournables du romantisme, dans la droite ligne du seul concerto pour violon de Beethoven, dont Brahms est incontestablement l’héritier. Composé en 1878 pour son ami, le violoniste Joseph Joachim, cette pièce est comme une friandise exploratoire que Brahms s’offre à lui-même et offre à Joachim, un champ vierge qui s’ouvre à toutes les investigations possibles de l’instrument. Brahms y mêle plaisir de la découverte et expérimentation jusqu’aux limites de l’instrument – et de l’instrumentiste. À la fascination de la musique tsigane avec son rythme emporté, endiablé, Brahms ajoute à plaisir les difficultés, insérant en particulier nombre de passages en double corde et d’énormes intervalles.

Le lyrisme, qui est la caractéristique du compositeur, avec ses amples mouvements qui vous entraînent dans le courant du grand fleuve majestueux et lyrique de la musique, ne fait pas défaut. Mais si on regrette parfois, dans d’autres pièces, cette mélodie sans faille mais aussi sans accroc qui est la marque du musicien, elle trouve dans ce morceau une grâce particulière, liée à la partition du violon. Une composition jubilatoire, mais aussi empreinte de délicatesse où la nostalgie pointe parfois au détour d’une phrase. Aussi, si l’on peut comprendre l’opposition de Debussy qui traite l’œuvre de « rocaillerie » et celles de Fauré et Lalo qui la qualifient de « monopole de l’ennui » au regard de la modernité qu’ils revendiquent, on aurait tort de bouder son plaisir.

L’interprétation que nous en a donnée Pierre Fouchenneret était à la dimension de la complexité de l’œuvre. Ondoyante, pleine de finesse et d’émotion, au point d’en faire oublier la difficulté d’exécution et sa nature virtuose. Le visage du musicien reflétait la complexité de ses états musicaux et le plaisir qu’il prenait à interpréter l’œuvre. Alors, bravo l’artiste qui a su dépasser l’exercice de style pour nous emporter dans les champs de l’émotion et du plaisir. Quant à l’orchestre, ni trop ni trop peu. Pas d’envolée romantique exagérant la dimension lyrique. Un ton juste, presque mesuré, loin des pompiérismes auxquels donne parfois lieu cette œuvre.

Brahms et Moussorgski. Quand le soutien à l’aide humanitaire prend la dimension d’un concert magistral

Des Tableaux aussi variés que la vie même

Quant aux Tableaux d’une exposition, initialement composés par Moussorgski pour le piano en 1874 et orchestrés par Ravel en 1922, ils renvoient dès l’ouverture aux réminiscences des très riches heures du Festival d’Avignon dont on entend résonner les trompettes avant de s’en affranchir pour entendre, haute et forte, une musique qui unit « le chant populaire russe et la bonne vieille fugue d’Occident ». Composés en hommage à l’artiste et architecte Viktor Hartmann décédé à trente-neuf ans d’une rupture d’anévrisme dont on avait exposé les œuvres à l’Académie des Beaux-arts de Saint-Pétersbourg, les Tableaux illustrent aussi bien des œuvres terminées d’Hartmann que des esquisses ou des crayonnés. Ils sont l’occasion d’une Promenade. Promenade qu’effectue Moussorgski entre les différents tableaux, au moins au début et qui culmine à la fin à grands renforts de percussions et de cuivres, mais aussi promenade à travers les genres, de la tranche de vie qui suit le lent cheminement d’un char à bœufs ou des enfants jouant dans les jardins, au fantastique dans la démarche claudicante d’un gnome en passant par les réminiscences du passé qui mènent le compositeur et son ami dans les Catacombes ou au pays des morts.

Ce voyage nous entraîne aussi à travers l’Europe, de la Sicile à la Russie en passant par la Pologne et la France, portraiturées à chaque fois dans un style spécifique, mais nous plonge aussi dans la culture populaire avec la Baba Yaga, la sorcière des contes russes aux multiples pouvoirs, tantôt combattante, tantôt dispensatrice de cadeaux, tantôt gardienne des morts ou maîtresse de la forêt et des bêtes sauvages, représentée ici grotesquement et en plein vol tandis que l’orchestre dispense une atmosphère fantastique à souhait : flûte piccolo résonnant au loin, contrebasson apportant ses petites touches pesantes, tuba, crécelle, atmosphère martelée par les percussions et la fuite des cordes.

Nul besoin de commentaire pour percevoir ce qui se passe : la musique est évocatrice. L’union voulue par le Groupe des Cinq (Balakirev, Borodine, Rimsky-Korsakov, Cui, Moussorgski) entre musique occidentale et âme russe, augmentée par l’apport de Ravel, fonctionne.

Là encore nous avons pu apprécier la précision de Marc Desmons dans la direction de l’orchestre et, en dépit d’une petite imperfection de départ, l’excellent travail effectué par ces tout jeunes gens. Il y a de quoi se réjouir devant la qualité de ce qui a été proposé par ces non professionnels. Le terme d’amateur (celui qui aime) prend ici tout son sens et, nous aussi, nous aimons…

Aussi, noter les prochains concerts de l’Orchestre Note et bien peut être utile…

Prochains concerts : 14, 16 et 17 décembre 2017.

Programme : Bizet et Chausson

Pour être tenu au courant des prochains concerts

contact@note-et-bien.org

www.note-et-bien.org

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