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Arts-chipels.fr

L’Autre côté de l’espoir d’Aki Kaurismäki. Quand désespoir et solidarité se donnent la main

L’Autre côté de l’espoir d’Aki Kaurismäki. Quand désespoir et solidarité se donnent la main

Le dernier film du réalisateur conte l’histoire terrible d’un émigré syrien qui débarque en Finlande et se trouve en butte aux tracasseries administratives comme à l’hostilité de l’extrême-droite. Bouleversant.

Reprenant le thème de l’immigration, qu’il avait déjà abordé dans l’un de ses précédents films, Le Havre, Kaurismäki situe cette fois l’action en Finlande. Un immigré syrien, sorti d’un chargement de charbon où il voyageait clandestinement, arrive par hasard en Finlande. Il cherche asile dans ce pays sans grâce qui porte encore les stigmates abîmés des années socialistes. Ses tentatives, longues et pénibles, pour obtenir un permis de séjour se soldent par un échec et font de lui un clandestin sans toit ni avenir jusqu’à sa rencontre avec un autre délaissé de la vie, un petit négociant qui décide un beau jour, que la coupe est pleine. Sans colère, il quitte sa femme, vend son commerce pour ouvrir un restaurant minable qu’il achète avec le personnel, tout autant à la dérive que lui-même.

Un tableau noir, au fond duquel réside l’espoir

Comme toujours chez Kaurismäki, la violence de certaine situations est contrebalancée par une fable douce-amère, touchante, terrible mais d’une humanité rare. Le réalisateur décrit sans fard le drame que vivent ces immigrés, hébergés, au mieux, dans des foyers, contraints de supporter avec un apparent sourire et une feinte bonne humeur les vexations quotidiennes qu’ils subissent. L’accueil qui leur est fait n’est pas toujours hostile – la compassion y a sa place, la solidarité aussi comme lorsque l’employée du foyer retarde les policiers venus chercher Khaled pour l’expulser afin de lui laisser le temps de s’échapper – mais Kaurismäki montre aussi l’autre face de la réalité : des groupes d’extrême-droite hostiles aux immigrés, pour qui le tabassage est de règle et qui n’hésiteront pas à monter d’un cran dans la violence et à recourir à l’arme blanche pour « trouer » Khaled.

La solidarité des laissés-pour-compte

Aux solidarités de l’exil répond la solidarité de Wikhström, ce patron de restaurant taciturne veillant sur ses employés, avant d’y accueillir Khaled, comme une poule sur ses poussins fatigués. Soucieux de pouvoir continuer à leur procurer un travail, il tentera même, un moment, de transformer son restaurant en cantine japonaise où il « adapte » les recettes de sushi à ses reliquats de conserves pour pallier l’absence de produits – la séquence, cocasse, est pleine de saveur. Les personnages, avec leurs fêlures et leur air incomplet, toujours décalés dans cet univers qui se délite, ces reliefs d’une société socialiste en pleine déconfiture et dont les relents ternes et décrépits continuent d’habiter le décor, semblent incroyablement proches. Un peu perdus, à la dérive, ils ne manquent pas de compassion. Généreux, ils se montrent disposés à partager le peu qu’ils possèdent. Le monde est triste, ils sont abîmés, mais ils sont beaux et c’est ce qui importe.

Sur un air de guitare

Et puis il y a la musique, si particulière, qui mélange blues, rock, country et folk. Comme dans Le Havre, elle ne constitue pas un fond sonore mais un élément nécessaire pour planter le décor, un tableau animé par des personnages : de vieux musiciens plus très frais qui rejouent encore et toujours leurs passions de vingt ans. Ces airs que nous avons conservés en mémoire semblent ici étranges car leurs paroles sont finnoises. Tuomari Nurmio, musicien de rue et figure légendaire en Finlande, qui depuis les années 1980 a enregistré une vingtaine d’albums, contribue, avec sa guitare rectangulaire et ses textes mélancoliques, parfois drôles, parfois sombres, à renforcer cet univers aussi attachant que déprimant.

On voit surtout du gris…

D’un film à l’autre, Kaurismäki continue de se ranger du côté des opprimés dans son style minimaliste non dépourvu d’humour. Dans un documentaire le concernant diffusé par Arte, on voyait se dessiner en creux un homme qui cache au fond de lui une profonde fêlure dont il ne dit pas la cause. Son corps le révèle, cette attitude « embarrassée » de lui-même, qu’il définit très bien quand il ajoute, parlant des tonalités colorées de ses films : « Moi, je suis plutôt gris. ». Terrible constat que cette grisaille qui imprègne ses films tout en y diffusant une part de chaleur et d’humanité qu’on aimerait rencontrer plus souvent…

L’Autre côté de l’espoir d’Aki Kaurismäki (2017)

Avec : Sherwan Haji, Sakari Kuosmanen, Ilka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nupu Koivu, Simon Al-Bazzon, Tomi Korpela, Kati Outinen

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