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Arts-chipels.fr

Mon cœur : quand maigrir rime avec mourir

Mon cœur : quand maigrir rime avec mourir

On se souvient de la croisade menée par Irène Frachon, qui permit d’interdire le Mediator, un produit utilisé pour ses propriétés amaigrissantes. Ici Pauline Bureau s’attache aux victimes de ce médicament en rassemblant sous les traits d’un seul personnage les témoignages de plusieurs malades.

Il avait fallu attendre plus de dix ans et l’obstination salutaire de cette pneumologue brestoise, des premières alertes sanitaires en 1997 jusqu’à 2009, pour que le produit soit finalement retiré du marché. Lorsqu’Irène Frachon établit un lien entre plusieurs morts suspectes et la prise de ce médicament, commercialisé depuis trente ans, personne ne la croit, ou ne veut la croire. Il lui faut remonter les filières, comparer avec d’autres cas, , dans d’autres hôpitaux, effectuer un véritable travail de fourmi, obstinée, accrocheuse pour avoir finalement gain de cause. Dans l’intervalle de nombreuses personnes sont mortes sans que ni les autorités sanitaires ni le laboratoire s’en soient vraiment émus.

Le point de vue des victimes

La Fille de Brest, le film d’Emmanuelle Bercot, mettait en avant l’odyssée de cette spécialiste et sa difficulté à surmonter les obstacles. Mon cœur se place du côté des malades, des victimes qui, pour certaines, ont payé de leur vie les dénégations du laboratoire et l’immobilisme des autorités sanitaires.

Pauline Bureau rassemble en un seul personnage les témoignages de différents patients dont la santé fut détériorée par la prise de ce médicament. Elle choisit d’en faire une femme, Claire Tabard, qui entreprend, après sa grossesse, un régime amaigrissant pour retrouver sa sihouette d’avant. Commencent alors, avec le Mediator, des malaises, des vertiges, une faiblesse qui ne sont que les symptômes de la dégradation irréversible de ses fonctions cardiaques. Son cœur lâche et il faut l’opérer d’urgence. Il faudra lui remplacer les deux valves par des valves mécaniques, une opération lourde, risquée, et dont les séquelles, sans fin, seront lourdes à porter.

De la victime impuissante à la combattante victorieuse

Entendant le témoignage de la pneumologue, Claire prend conscience des atteintes qui lui ont été portées. Aidée par un avocat spécialisé dans le droit des victimes et par Irène Frachon, elle décide de se battre, attaque en justice. La suite de l’histoire est connue : après des années d’efforts, les torts portés aux  malades sont officiellement reconnus et le produit interdit. S’y ajoute, dans le spectacle, le parcours de Claire, qui se réapproprie son corps, retrouve sa fierté d’être, au-delà des normes exigées par la société.

Claire s’exprime sur le ton du témoignage, sans pathos ni dramatisation inutiles. La vérité crue, avec la fatigue du personnage et son incapacité à accomplir les tâches quotidiennes, à prendre soin de son enfant, la terrible scène d’opération à cœur ouvert, difficilement supportable, sont suffisamment prenantes sans qu’il soit besoin d’en rajouter.

Dans ce drame du dedans comme du dehors, peu d’accessoires suffisent à signifier l’endroit où l’on se trouve : un canapé pour une scène d’intérieur, une table pour les visites aux spécialistes, l’utilisation des voix off pour montrer la distance entre celle qui souffre et ceux qui voudraient ne pas voir… Cette économie de moyens renforce d’autant plus l’atteinte portée aux individus et, à travers eux, à l’espèce humaine prise en otage dans les griffes du profit.

 

Texte et mise en scène Pauline Bureau

Dramaturgie Benoîte Bureau
Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Catherine Vinatier

 

Du 16 mars au 1er avril 2017, du mardi au vendredi à 20h30, samedis à 15h30 et 20h30

Théâtre des Bouffes du Nord – 37 bis boulevard de la Chapelle – 75010 Paris

Tél. 01 46 07 34 50. E-mail : location@bouffesdunord.com

www.bouffesdunord.com

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