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Arts-chipels.fr

Kalávrita. Dire l’inacceptable des exactions nazies

Kalávrita. Dire l’inacceptable des exactions nazies

Charlotte Delbo, qui fut l’une des rescapées d’Auschwitz, nous conte l’histoire de ce village du Péloponnèse, Kalávrita, où plus d’un millier d’hommes, toute la population masculine du village si l’on excepte les jeunes enfants et les vieillards, fut mise à mort par les nazis.

Sur les 1436 hommes du village de Kalávrita, seuls 13 réchappèrent des représailles exercées par les Allemands. Le village fut incendié, comme le monastère de Sainte-Laure du Péloponnèse, lieu symbolique du départ de la résistance.

Du théâtre et de la musique pour suggérer l’horreur

Avec une grande économie de moyens, pas de décor, un jeu d’acteurs très neutre, statique, sans pathos ni plainte, c’est la vérité sans fard qui apparaît dans toute son atrocité, avec son caractère inacceptable.

Deux comédiens, un homme (Philippe Campiche) et une femme (Isabelle Bouhet) se livrent à la description nue de cette terrible journée, accompagnés par trois musiciens, au piano, à la harpe et au violoncelle. La musique, minimaliste, scande le récit objectif et dépassionné que portent les deux personnages : les femmes, enfermées dans l’église, terrorisées, n’ont rien vu mais deux hommes ont réussi à s’échapper et racontent l’histoire, cette barbarie gratuite et implacable. Pas de procès où des avocats péroreraient en chaire mais une série de petites notations qui font percevoir la dimension de gratuité folle et meurtrière du massacre.

Une leçon de vie

Par petites touches, on retrouve ce que disent souvent ceux qui ont survécu à l’enfer des camps de concentration : ce sont dans les petits détails que les choses se passent. Car il faut survivre et pour ce faire, se réfugier dans de menus faits qui laissent une raison d’espérer, de continuer à vivre. Dans la pièce, parce que tous les hommes sont morts, il n’y a plus de forgeron, plus de charpentier, plus de fossoyeur pour enterrer les morts. Et pourtant il faut rendre honneur à ces défunts morts pour rien, les enterrer dignement, parce qu’ils étaient des hommes, même si leur exécution en avait fait un troupeau indistinct. C’est à ces petites choses que se raccroche la vie, la lutte contre le désespoir. Alors les femmes, aidées par les habitants des villages voisins qu’elles ont contribué à sauver en les prévenant d’avoir à se cacher, vont les placer au centre du cimetière, tous ensemble, et leur ériger un mausolée.

Les comédiens laissent le texte vivre, pour lui-même et ce qu’il porte, comme sujet premier. Pas de dramatisation de ces témoignages qui forment théâtre, mais au contraire un ton presque quotidien, sans anicroche, presque monocorde, qui installe l’effroi dans la vie. On sort de là ému tant la qualité d’être qui y circule est intense.

Théâtre de la Reine blanche
Du 7 au 18 mars
Du mardi au samedi à 19h

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