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Arts-chipels.fr

Kalavrita d’après la nouvelle « Kalavrita des mille Antigone » de Charlotte Delbo.

Kalavrita  d’après  la nouvelle « Kalavrita des mille Antigone » de Charlotte Delbo.

C’est un hymne à la dignité humaine, à l’humanité sincère. C’est un pur moment d’émotion  profonde et cependant digne et réservée. Cela peut paraître paradoxal mais les mots de Charlotte Delbo  récités par Philippe Campiche, conteur dans la vie,  résonnent avec le ton neutre et décalé des rescapés qui reviennent de l’horreur et ne savent pas trop comment raconter « tout çà ». Et Charlotte Delbo sait de quoi elle parle car elle a été déportée à Ravensbrück et Dachau. Elle a d’ailleurs écrit plusieurs livres sur le sujet.

 Isabelle Bouhet, comédienne, incarne avec justesse et simplicité ces veuves Antigonesque qui avec leur désespoir et leur volonté vont bâtir un mausolée pour honorer la mémoire de leur défunts assassinés. Car c’est bien Antigone que l’on évoque ici. Oui,  on est bien dans la tragédie, mais une tragédie si sobre qu’elle en est encore plus poignante.

Et au-delà  du mythe, on évoque aussi et peut être surtout les génocides, tous les génocides quel qu’ils soient et hélas nous en n’avons pas fini avec les génocides de nos jours. Parler du passé pour parler du présent et cette histoire dans toute son horreur nous parle d’aujourd’hui et des massacres contemporains.

Oui, c’est l’histoire d’un massacre, perpétré par les nazis en 1943. Tous les hommes d’un village du Péloponnèse vont mourir, exterminés par les balles nazies en quelques heures. Les femmes sous le choc mais avec une volonté inébranlable devront s’occuper de ces 1000 morts qui représentent tous les hommes du village sans exception sauf deux qui auront réussi à fuir. Il leur faudra donc inventer et trouver une solution à leur portée pour honorer ces chers disparus.

La dramaturgie est créée par le contraste entre l’horreur indicible de l’histoire, le ton neutre du conteur et la musique lancinante des trois instruments qui l’accompagnent.

Les trois instrumentistes, la harpiste, Julie Campiche en alternance avec Soledina Camesi,  le pianiste  Gauthier Toux et le violoncelliste Jacques Bouduban  jouent en  harmonie, se répondent et ponctuent le récit. C’est assez étrange d’ailleurs ces sons qui se confondent  si bien entre eux que parfois on ne distingue plus vraiment qui joue de quoi. Ils rythment le récit et participent pleinement à la restitution émotionnelle. Les instruments sont les cris et les pleurs, ils sont les souffrances  que les deux conteurs nous évoquent si posément avec toute la pudeur et la sidération que provoque les grands malheurs.

L’extrême dénuement de la mise en scène contraste avec l’horreur de la scène évoquée avec tant de simplicité. Cela  ajoute encore à la dramaturgie de ce récit et à l’émotion dégagée. La scène est vide,  seuls les deux récitants sont debouts entourés des trois instrumentistes.

Cela se passe dans la petite scène sous les toits. Une scène intimiste où on côtoie les artistes de tout près.

Théâtre de la Reine blanche
Du 7 au 18 mars
Du mardi au samedi à 19h

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