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La donation Bonnard et Vuillard à Orsay. Une collection de l’intime

La donation Bonnard et Vuillard à Orsay. Une collection de l’intime

La donation Zeïneb – Marcie-Rivière au musée d’Orsay est un événement majeur dans l’histoire des collections publiques françaises. Près de 50 tableaux, 100 dessins de Bonnard et Vuillard, et 3 pastels offrent aux musées français un apport de premier ordre pour ces deux peintres, témoins du passage du XIXe au XXe siècle.

Commencée dans les années 1960 par André Levy-Despas et poursuivie après son décès par son épouse Zeïneb Kebaïli et Jean-Pierre Marcie Rivière pendant plus de quarante ans, cette collection non seulement donne à voir un nombre important d’œuvres picturales et de dessins, mais aussi révèle la sensibilité des collectionneurs à l’intime qui transparaît dans le choix des tableaux. Soirée musicales, femmes lisant, scènes de la vie quotidienne, nature saisie par la fenêtre, mais aussi portraits de Marthe nue ou sortant du tub sont autant de sujets d’intérêt pour cette donation où abondent les petits formats.

Bonnard et Vuillard : des centres d’intérêt similaires

Dans les années 1890, Bonnard et Vuillard s’intéressent aux mêmes sujets, issus de leur univers familier.

La vie urbaine, trépidante, les fascine, tout comme les salons bourgeois et les petits événements du quotidien. En touches rapides, suggestives, esquissées, ils témoignent de leur vie familière avec une liberté d’expression passionnante, libérée du carcan de la belle peinture, léchée, où ne manque pas un bouton de guêtre. Ici les touches rapides saisissent une impression fugace, un mouvement, une scène dans sa charge de vie, dans son immédiateté. On ressent comme une sorte de fièvre qui saisit les peintres, désireux de capter la force de l’instant, brute, jetée sur la toile sans s’encombrer des détails. Une peinture où domine l’impression plutôt que la forme, qui n’est pas sans faire penser, d’une certaine manière, à l’évolution qui conduira la peinture au fauvisme. Au temps des nabis, cette attitude rapproche les deux peintres au point qu’il pourrait sembler parfois difficile de les distinguer, n’était leur approche de la couleur.

Vuillard, décoratif à l’économie

Les 24 tableaux, 3 pastels et 2 dessins de Vuillard donnent à voir de l’artiste un aspect très éloigné des grands tableaux de la vie bourgeoise qu’on lui connaît, encombrés d’un décor de papiers peints omniprésent et envahissant. Ici en petites touches où s’expriment toutes les nuances et les harmonies du brun au gris et au blanc, dans des teintes étouffées, retenues, il observe ses personnages à distance, n’hésitant pas à placer parfois au premier plan des objets, des meubles, tels une carafe d’eau et quelques fruits posés sur une table ou un journal qui apparaissent au premier plan et noient les sujets dans le décor. Point ici de détails de costumes ou de formes, une évocation construite à partir de figures emboîtées, des formes grossières, rapidement esquissées, qui suggèrent plus qu’elles ne disent et conservent de ce fait une vie intense. Les personnages sont fantomatiques, ombre d’eux-mêmes dépourvue de vérité psychologique ou de personnalité, décor dans le décor dans lequel ils se fondent.

Bonnard : de la couleur avant toute chose

Les 25 tableaux et 94 dessins de Bonnard donnent de l’artiste et de sa manière de travailler un aperçu passionnant. Ses scènes de rue saisissent l’allure empressée des passants ou la débauche décorative et colorée des élégantes qui se pressent sur les trottoirs. Dans ses paysages éclatent la couleur qui est sa marque de fabrique : des mauves un peu acides, des verts crus, acidulés, des bleus lumineux, des orangés qui vous explosent à la figure et qu’on retrouve dans ses nus incendiés, sujet majeur à partir de 1899, irradiant la lumière, décentrés par rapport à l’ensemble des tableaux comme pour dire que malgré leur omniprésence insistante, ils ne sont qu’un accessoire du peintre aussi attaché à représenter seulement un paysage à travers une fenêtre ou à définir à peine une partie de campagne qu’à s’intéresser à un personnage.

Les dessins quant à eux, sont fascinants. Près d’un tiers d’entre eux sont des paysages : paysages du Dauphiné, de Normandie (Trouville) ou du Midi (Saint-Tropez, Grasse, Antibes, Le Cannet) où s’exprime cette urgence à saisir le mouvement des feuilles, le passage « bouillonneux » des nuages, la longue bande horizontale de la plage et de la mer où passent des voiliers, au large d’une jetée dont le phare interrompt l’horizontalité, bref la vie qui frémit et palpite. Les personnages, eux, tracés à grands traits nerveux, rapides saisissent un vécu immédiat, intense, un moment unique. Bonnard ne recherche pas la pureté de la ligne mais l’« expression des lignes ».

Enrichissante pour la connaissance de ces deux peintres est donc cette exposition de la donation dans les trois salles qui lui sont consacrées. Elles donnent à voir une partie de l’œuvre de Bonnard et Vuillard souvent peu montrée dans les expositions du fait de leur petit format. Agréable aussi en est la visite qui, au contraire des rétrospectives où il faut généralement se tordre le cou pour tenter de distinguer, entre deux spectateurs, un tableau, vous laisse le temps de contempler à loisir, de vous imprégner, de tourner autour de l’œuvre, de vous en approcher et de la regarder de loin pour en percevoir l’ensemble et les détails.

 

Bonnard/Vuillard – La donation Zeïneb et Marcie-Rivière

22 novembre 2016 -fin mars 2017

Musée d’Orsay. 1, rue de la Légion d’honneur – 75007 Paris

Ouvert tous les jours sauf le lundi 9h30-18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45

Tél. 01 40 49 48 14

www.musee-orsay.fr

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